Changement climatique : le rôle de l'homme loin d'être une évidence pour tous

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Le changement climatique est une réalité, mais la responsabilité de l'activité humaine n'est pas encore évidente pour tout le monde. C'est l'un des principaux enseignements de l'Observatoire international climat et opinions publiques d'EDF, une enquête réalisée par l'institut Ipsos* en septembre auprès des habitants de 30 pays répartis sur les cinq continents, parmi les plus émetteurs de CO2.

Ainsi, 93 % des sondés sont d'accord avec l'idée que le climat est en plein bouleversement, mais ils ne sont que 69 % à désigner les activités humaines comme responsables. Un climatoscepticisme très marqué dans certains pays comme les États-Unis, l'Arabie saoudite ou la Norvège, où à peine la moitié de la population pense que l'homme est principalement responsable du dérèglement climatique.

Préserver l'environnement ou l'économie ?

À l'échelle mondiale, le réchauffement climatique est loin d'être la préoccupation principale des gens. Le Covid-19 arrive loin devant, cité par 59 % des sondés, suivi du coût de la vie (47 %), du chômage et des inégalités (45 % chacun), du système de santé (43 %) et enfin de l'environnement (39 %), qui n'arrive que sixième dans l'ordre des priorités. Dans aucun des pays étudiés, l'environnement n'arrive en tête, à l'exception de la Chine. En France, c'est la quatrième source de préoccupation la plus citée, derrière la délinquance (54 %), le coût de la vie (50 %) et le virus (49 %).

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Les personnes interrogées ne se font que peu d'illusion : 59 % d'entre elles pensent que l'on va donner la priorité à la croissance économique dans les mois à venir, alors qu'elles ne sont que 34 % à penser que c'est la bonne stratégie pour lutter contre le réchauffement climatique. Les Français sont encore plus pessimistes, puisqu'ils ne sont que 16 % à croire que l'environnement pourrait l'emporter sur la croissance économique pendant la période de relance.

Pandémie et changement climatique

Pour une bonne partie des sondés, Covid-19 et environnement sont deux problèmes étroitement liés. Près des deux tiers pensent que la pandémie est, au moins en partie, liée à l'impact négatif des activités humaines sur la nature. Avec toutefois d'importantes disparités selon les pays. Les Français et les Américains sont, par exemple, plutôt partagés. Au-delà des pays occidentaux, la question divise beaucoup moins : pour 76 % des Mexicains, 88 % des Chinois et 83 % des Indiens, il y a bien un lien entre notre impact sur l'environnement et la pandémie actuelle.

D'autres épidémies similaires pourraient-elles naître à l'avenir ? Seulement 32 % des sondés citent cette éventualité parmi les risques induits par le réchauffement climatique dans leur pays. Ils sont bien plus préoccupés par la multiplication des événements climatiques extrêmes comme les inondations, les incendies ou les tempêtes (61 %, jusqu'à 72 % en France), par la pollution (44 %) ou encore par la désertification (43 %). Au-delà du changement climatique, les sondés sont aussi préoccupés par l'accumulation des déchets et du plastique, ainsi que par la pollution de l'air.

Inaction des gouvernements

Mais que faire pour lutter contre le dérèglement climatique ? Si 29 % des personnes interrogées placent leurs espoirs dans le progrès technique et scientifique, 54 % ne se font pas d'illusion et pensent qu'il va falloir changer nos modes de vie. Dix pour cent sont même résignés et estiment qu'on ne pourra rien faire pour inverser ou ralentir la tendance. Pour plus des deux tiers des sondés, c'est surtout aux gouvernements qu'il appartient d'agir pour l'environnement, suivis des citoyens eux-mêmes (49 %). Les Français portent un jugement sévère sur l'action d'Emmanuel Macron et de ses ministres, 69 % estimant que le gouvernement n'agit que trop peu, voire pas du tout, en matière de lutte contre le changement climatique.

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Quant aux mesures à prendre, elles divisent bien plus les citoyens. Limiter l'accès au centre-ville aux véhicules les plus propres, par exemple ? La mesure serait bien acceptée au Mexique, en Chine, en Inde ou au Royaume-Uni, mais est rejetée en France, aux États-Unis ou au Canada. Une taxe sur les billets d'avion ? Les Français, les Chinois et les Indiens sont plutôt pour, ce qui n'est pas du tout le cas des Américains, des Canadiens ou des Australiens, bien plus dépendants de l'aérien pour se déplacer sur leurs vastes territoires. Bien qu'ils soient conscients de la nécessité de changer leur mode de vie, les citoyens sont encore loin d'être prêts à accepter n'importe quelle mesure contraignante. L'acceptabilité devrait pourtant progresser à mesure que le changement climatique les inquiète. Pour 70 % d'entre eux, cette inquiétude a augmenté par rapport à l'automne 2019.

*Sondage Ipsos pour EDF, réalisé auprès de 24 004 individus issus de 30 pays, représentatifs de la population âgée de 16 ans et plus, interrogés en ligne du 9 au 29 septembre 2020.

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